Saint Guillaume Courtet

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Vie et martyr

Famile et enfance
Itinéraire en Languedoc
L'Europe du nord au sud
Le clandestin du Japon
Le but du voyage
Signature

Après tout un itinéraire de prédicateur et de professeur de théologie en Languedoc, en Europe, en Asie, Guillaume Courtet accomplit sa vocation au témoignage total de sa foi sur une colline de Nagasaki
 

Famille et enfance

Guillaume Courtet nait à Sérignan en Languedoc (alors au diocèse de Béziers) vraisemblablement à la fin de 1589 [1].

Son père Jehan Cortet (devenu Courtet pour garder la prononciation occitane lors de la francisation du langage au XVIème siècle ?) semble être "deuxième consul" à Sérignan en 1581. De son mariage avec Barbe Malaure sont issus au moins 4 enfants: Antoine, Marguerite, Guillaume et Alix.[2]  (cf. page généalogie).

Probablement élève de l'école des chanoines de Sérignan, on peut supposer à Guillaume une jeune enfance heureuse au sein d'une famille plutôt aisée. Une plaque dans la "carriera dels salanquiers" indique l'emplacement de sa maison natale. Ses historiens ont relaté une vocation précoce pour les missions lointaines. Sa démarche et ses écrits le confirmeront.

Guillaume a douze ans lorsque sa mère décède. L'année suivante il est choisi comme parrain au baptême d'un fils de Lort, famille seigneuriale de Sérignan depuis un demi siècle. Cela semble témoigner de la bonne réputation dont il jouissait dans sa ville natale. Il est alors élève à Béziers, au collège des jésuites et c'est là que nait très vraisemblablement sa vocation : la nouvelle du premier martyre de chrétiens au Japon en 1597 vient en effet d'arriver et, parmi ces 26 hommes, femmes et enfants crucifiés à Nagasaki, il y a trois jésuites dont un japonais. Les pères Jésuites du collège de Béziers ont évidemment parlé des ces martyrs récents à leurs élèves
 

Itinéraire religieux en Languedoc

A 15 ans, Guillaume part à Toulouse pour des études de philosophie et de théologie.. Il choisit de devenir religieux dominicain. A 17 ans, le 15 août 1607 il est admis au noviciat du couvent d'Albi et c'est le 15 août 1608 qu'il y prononce ses vœux de "frère prêcheur", plus précisément dans la toute jeune congrégation de saint Louis qu'a formée Sébastien Michaëlis.

Guillaume retourne alors à Toulouse continuer ses études et se préparer au sacerdoce. Comme à Albi, sa vie exemplaire et ses dispositions intellectuelles le font remarquer de ses supérieurs. A 22 ans il est nommé "lecteur" (professeur) de théologie et commence ainsi une activité d'enseignement qu'il poursuivra toute sa vie et autour du globe. Son père est décédé l'année précédente en 1611.

C'est vraisemblablement le succès de ces activités qui contribuera en 1624 àson élection comme prieur du couvent domiicain d'Avignon. Il quitte alors Toulouse avec plusieurs de ses disciples[3] pour cet important ministère. Durant les deux années de son de priorat, le couvent accueillera 10 nouveaux arrivants. Gravure ci-contre du couvent d'Avignon en 1616


 
 

L'Europe du nord au sud

Deux ans plus tard Guillaume est nommé "commissaire" de l'ordre en Europe du Nord avec une mission difficile (qui lui vaudra bien des iniquités et même une "humiliation fâcheuse"[4]) de propagation de la réforme de Michaëlis. C'est de cette période que date sa merveilleuse lettre (à Adriani) de 1628 récemment retrouvée[5]. Il y demande, 9 années avant son martyr, d'être envoyé vers les pays les plus difficiles. Il accepte le risque d' "endurer les supplices auxquels je me veux exposer". Il rajoute qu'il a "toujours" eu ce désir.

La route sera longue. En ces temps seuls l'Espagne et le Portugal peuvent organiser des missions lointaines.. Avec l'accord de ses supérieurs Guillaume va changer de congrégation et arriver à Madrid en 1628. Il va devoir également changer de nom et et devient Thomas de Santo Domingo. Il attendra cinq ans de plus avant de pouvoir s'embarquer vers l'Orient. Ces années espagnoles seront marquées par sa préparation (physique, intellectuelle, spirituelle) à sa mission au Japon et une charge d'enseignement en théologie. Il y est aussi confesseur de l'ambassadeur de France et conseiller spirituel de la reine d'Espagne (Isabelle, fille d'Henri IV).
 

Le clandestin du Japon

A la fin de 1634, Guillaume est enfin autorisé avec une vingtaine d'autres religieux à s'embarquer pour les Philippines via le Mexique. Ils arrivent à Manille, alors sous domination espagnole,  le 24 juin 1635. Et là tout en préparant sa mission au Japon il est à nouveau professeur de théologie à l'université Saint-Thomas.

Partir pour le Japon n'était pas simple. Le christianisme y avait été très bien accueilli avec l'arrivée de saint François Xavier le 15 août 1549. Quarante années plus tard on y comptait 200 000 fidèles lorsque commencèrent les persécutions[6]. Après les 26 premiers martyrs crucifiés en 1597, c'est une véritable politique d'éradication totale du christianisme qui se met en place. Elle s'accompagne d'une fermeture quasi complète du pays. Cette persécution durera plus deux siècles et demi et fera peut-être 200 000 martyrs. Ponctuellement, les appels de détresse des chrétiens japonais demandant des prêtres parvenaient toutefois à Manille. Le départ du groupe du père Courtet fut probablement accéléré pour répondre à ces appels.

Le débarquement au Japon se devait d'être clandestin. Le départ de Manille aussi car interdit par le gouverneur espagnol qui craignait des représailles japonaises : il fit détruire une première embarcation construite en cachette. Mais le 10 juin 1636, Guillaume Courtet, trois autres prêtres et deux laïques réussissent à s'embarquer sur une jonque rachetée à un japonais. Les trois prêtres sont Miguel Aozaraza, Antonio Gonzalez (espagnols) et Vincente Shiwozuka (japonais). Un des deux chrétiens laïques est Lorenzo Ruiz, père de trois enfants, qui fuit (vraisemblablement innocent) la justice espagnole.  L'autre est "Lazarre" de Kyoto, un lépreux japonais expulsé de son pays en raison de sa maladie et de sa religion. Au sortir de la baie une bourrasque mit à mal ce navire dont l'équipage avait peut-être été recruté hâtivement. Il dût relâcher dans une île pour réparer les avaries et et repartir quelques jours après.

C'est un mois plus tard le 10 juillet 1636, que le père Courtet et ses cinq compagnons débarquèrent de nuit le plus discrètement possible sur une île de l'archipel de Liou-Kiou. La mission dont le détail est mal connu dura moins d'un mois et demi.. Malgré les précautions des chrétiens locaux, le groupe fut repéré et arrêté. Emprisonnés à Kagoshima, ils vont rester enfermés durant un an avant d'être transférés à Nagasaki en septembre 1637 pour le "procès".
 
 

Le but du voyage 

L'horreur et la durée des tortures infligées durant deux semaines pour tenter d'obtenir des apostasies publiques sont difficiles à évoquer. Guillaume eut à subir le supplice de l'eau (ingurgitée et régurgitée de force de multiples fois), celui des alênes (grosses aiguilles enfoncées entre chair et ongle dans tous les doigts des mains), ceux de la potence et de la fosse asphyxiante. Guillaume résista sans faillir. Au matin du 27 septembre 1637, il fut retiré vivant de la fosse. Désespérant d'atteindre leur but, les juges firent décapiter les trois qui survivaient. Le père Courtet mourut vraisemblablement le dernier. Son corps comme celui de ses compagnons fut aussitôt brûlé et les cendres dispersées sur la mer.

Les témoins ne manquaient pas à ces supplices publics. La plupart étaient évidemment des japonais. En 1650 les dominicains de Manille établirent un mémoire contenant une liste de 104 témoins portugais[7] (le port de Nagasaki entretenait encore quelques échanges commerciaux avec l'occident). Ce sont ces marins qui ont rapporté des récits des tortures qui ont pu être rapidement sauvegardés. C'est aussi grâce à eux que nous connaissons certaines paroles qu'échangèrent les martyrs avec leurs bourreaux.

Le père Courtet lui-même au milieu des tourments précisa la motivation des missionnaires. Il nous est en effet rapporté que les bourreaux  s'étonnant de ce qu'ils soient venus au Japon alors qu'ils ne pouvaient pas ignorer le sort qui les attendait, "le P. Guillaume ayant entendu conjura les assistans de dire de sa part aux juges qu'ils n'estoient pas si ennemis de la vie que le désir de mourir les eusse conduit au Japon ; que le but de leur voyage n'estoit pas d'y laisser la vie mais d'y prescher l'Évangile de Jésus-Christ vray Dieu"[8].
 

 

Signature de Guillaume  Courtet au bas  de 
sa lettre à Nicolas Adriani du 30 août 1628.

A droite de son nom, entre deux croix,
les initiales R.I.D.S.D. pour 
"Religieux Indigne De Saint Dominique"

Le souvenir et la cause canonique de Guillaume Courtet

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Bibliographie

22/08/2018